Eric Woerth

Eric Woerth : « La première marque de fabrique de l'opposition c'est d'afficher clairement ce qu'elle va faire pour redonner de la confiance et de la visibilité »

08 juillet 2016

Dans une interview accordée au journal Les Echos, Eric Woerth, Secrétaire-général des Républicains, doute fort que la trajectoire de réduction du déficit annoncée par le gouvernement socialiste soit tenue. Pendant la campagne de 2012, le candidat François Hollande s’était engagé à descendre sous la barre des 3% en 2013. Un objectif qu’il ne cesse de repousser depuis, le gouvernement socialiste étant incapable à mener toute réforme de structure. Pour 2016, l’objectif est fixé à 3,3% et à 2,7% en 2017, ce dont doutent et la Commission européenne et la Cour des comptes. En effet, comment tenir un tel objectif avec les 7 milliards de dépenses nouvelles annoncées par François Hollande depuis le début de l’année sans compter les crédits des ministères qui, l'an prochain, année électorale, seront supérieurs de 5,6 milliards d'euros à ce qui avait été annoncé en avril ?

Avec le volet dépenses du budget 2017, la trajectoire de réduction du déficit est-elle toujours tenable comme l'assure le gouvernement ?

Eric Woerth.- Non, elle n'est pas tenable ou alors, c'est de la magie. Il y a près de 7 milliards de dépenses supplémentaires, soit 0,3 point de PIB. C'est donc du déficit public supplémentaire. Soit il y a des recettes supplémentaires, soit c'est un feu d'artifice comptable. Et c'est, bien sûr, un feu d'artifice comptable. Ce gouvernement a sans doute combattu l'optimisation fiscale, mais il pratique surtout l'optimisation comptable. L'annonce du président de la République de relever le CICE plutôt que de supprimer la C3S permet surtout, budgétairement, de remettre à plus tard les décaissements. Ce débat d'orientation budgétaire, c'est un exercice impossible, car le débat électoral de la présidentielle de 2017 est totalement dominant dans le comportement du président de la République et du Premier ministre. C'est un budget taillé davantage pour l'élection présidentielle que pour le sérieux budgétaire. La Cour des comptes est d'ailleurs, elle aussi, dubitative sur un déficit à 2,7 % du PIB en 2017.

En cas d'alternance, la droite pourra-t-elle baisser immédiatement les impôts comme elle le promet ?

Eric Woerth.- La question qui se pose aujourd'hui, c'est celle de la confiance. Quand le président de la République dit qu'il va peut-être baisser l'impôt sur le revenu, cela crée encore plus de confusion. Quand il rajoute, « si la croissance est au rendez-vous », cela montre surtout qu'il navigue à vue. Cette incertitude totale, alliée aux incertitudes sur l'impact du Brexit, crée de la défiance. La première marque de fabrique de l'opposition si elle devient majoritaire, c'est d'afficher clairement ce qu'elle va faire pour redonner de la confiance et de la visibilité. Le projet des Républicains est réaliste et dit que nous ne savons pas quelle sera la situation économique en 2017. Il y a beaucoup de cadavres fiscaux dans le placard des finances publiques. Il faudra lutter contre les déficits par de vraies réformes structurelles. C'est cela que nous devrons négocier avec l'Europe. Cela passe par une baisse d'impôts pour la compétitivité des entreprises, mais aussi pour les ménages et les classes moyennes, car les prélèvements pèsent sur la croissance du pays. Cela passe aussi par une baisse des dépenses publiques au rythme de 1 point de PIB par an.

Quelles dépenses pourriez-vous réduire immédiatement ?

Eric Woerth.- Les coups de rabot ont vécu. Il faut changer les politiques, c'est plus long. Dans l'administration, il y a encore des marges de manœuvre sur la productivité, mais le vrai potentiel, c'est la masse salariale et donc la réduction du nombre de fonctionnaires. Il y a aussi les dépenses sociales. Le premier des déficits à combattre, ce sont les 6 ou 7 milliards de l'assurance-maladie, on ne peut pas mettre les soins aux frais des générations futures. Il y aura aussi la mise en place d'une allocation sociale unique. Ce qui compte, c'est la capacité à baisser durablement les dépenses publiques et à baisser les prélèvements obligatoires. Il faut le faire en même temps, ce n'est pas un risque, c'est une nécessité. Si vous attendez que la baisse des dépenses publiques produise ses effets pour baisser les impôts, vous ne créez pas les conditions d'une croissance stable.